Start up recrute “responsable du bonheur“

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2 Reponses

  1. Patrick B dit :

    Bonjour M.SUTTER,
    A la lecture de votre billet, j’ai cru un instant qu’il s’agissait du recrutement d’un intermittent du spectacle… Surprise, quand tu nous tiens.
    Comprenant l’absurdité de la situation qui laisse un professionnel comme vous incrédule, je prendrais plutôt vos questions pour des devinettes et je m’hasarde à y répondre avant que le responsable du bonheur de mon entreprise (oui, le bonheur de son entreprise, enfin de sa personne morale quoi..) me tombe dessus et ne gâche mon plaisir.
    Une hypothèse plausible qui pourrait répondre à toutes vos interrogations tient en un mot : sérieux. Oui bien sûr, il y a de l’étonnement, mais c’est surtout le ‘sérieux’ en tant que réflexion que je veux signifier ici. Il est clair que ce poste de travail a été défini au pied levé, par une direction ne prenant pas du tout la question du bien-être au travail au sérieux. Au contraire, ils dévoient le bonheur en le concevant comme un banal outils au service du travail. Un simple levier de productivité et de diffusion de l’image de marque ; tout ce qu’il y a de plus ordinaire dans la logique narrow-minded du manager forcené. Mais où est passé l’individu et son altérité? Quand se détache-t-il se son job? Est-il avalé à tout jamais dans les rouages de l’entreprise qui veut que son salut matériel et psychique ne peuvent passer que par son travail ? Le travail n’étant plus une composante du bonheur, mais un tout : le ‘Grand Tout’ ? L’orgueil, serait-il devenu si gros qu’on imagine l’entreprise comme la source absolue du bonheur humain ?
    Ce poste de ‘responsable du bonheur’ est le masque de la joie d’un management devenu doctrine totalisante.
    Cela a dû échapper à ce patron que l’entreprise ne dispose pas de tous les réactifs pour générer du bonheur et qu’elle ne peut tout au plus que prétendre le catalyser. Aveuglement, conditionnement Start’Upiste dans lequel la frontière entre le personnel/professionnel est totalement abolie, ou pur cynisme utilitaire ? Comme vous le suggérez, c’est peut-être – et je l’espère – qu’une pitoyable recherche de buzz par une entreprise qui n’a manifestement pas besoin d’un (vrai) ‘responsable du bonheur’, mais simplement d’un authentique responsable du divertissement. Comment pourrait-on traiter sérieusement la question du ‘bien-être’ si déjà on amalgame le ‘bien-être’, le ‘bonheur’ et le ‘divertissement’? Un simplisme dramatique qui démontre combien cette entreprise n’a pas eu besoin de comprendre les besoins de son personnel, et par conséquent qu’elle n’a pas besoin d’un salarié supplémentaire pour s’occuper des conditions de travail des autres. Déjà qu’il aura du pain sur la planche pour définir les siennes…
    Je crains que la seule chose à comprendre c’est la légèreté qui émane de ce poste, et je me permet de vous répondre avec la même inconséquence. Un responsable digne de ce nom ne saurait considérer la bien-être au travail de façon aussi sommaire, désinvolte et insouciante. Toutefois, notons qu’il y a de la volonté derrière cela et sachons nous contenter du seul bonheur que l’ouverture de ce poste puisse déjà apporter dans l’immédiat : celui d’un salaire versé à une personne (un ‘gens’), même si le travail est hélas inutile. Le manque de maturité – dans l’ADN de la Strat’up – ne saurait se faire très vite rattraper par les douloureuses réalités de la vie en entreprise. Cet irresponsable du bonheur et son patron devront sans aucuns doutes et à très court terme se heurter à une sérieuse correction, dans tous les sens du terme.
    Lorsque le rideau sera tombé, que la lumière sera rallumée dans la salle et à tous les étages, qui (sur)vivra verra.

  2. JUSTER dit :

    Bonjour Pierre-Eric,

    Bravo pour ce billet d’humeur! On ne pouvait pas mieux parler des travers de la dictature du bonheur, au travail et dans la vie.
    Et le Responsable du malheur au travail SAV du bonheur au travail, voilà qui éclaire bcp la question globale de la santé au travail!

    Bien cordialement,

    Vincent.