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BILLET DU MOIS

Quand le bonheur au travail est dangereux pour la santé mentale

Le bonheur au travail, une croyance à l’œuvre dans les entreprises "branchées"

Entreprise innovante recrute CHO ! Çà et là, on voit fleurir ce nouveau job de « chief happiness officer » dans les entreprises branchées. Branchées parce qu’elles disent vouloir faire le bonheur de leurs salariés. Wow ! C’est sûr que pour les quinquas comme moi, c’est une véritable révolution parce qu’à l’époque de nos jeunes années de travailleurs, on nous assénait plutôt que l’entreprise ce n’était pas le Club Med, qu’on n’était pas là pour s’amuser mais pour travailler dur. D’ailleurs, CHO, c’est un job cool, si l’on en croit leur témoignage. Ils sont là pour « mettre du fun », « rendre les salariés heureux et performants », comme on peut le voir sur le site http://chief-happiness-officer.fr. Leur quotidien c’est : baby-foot, salle de massage, animations, méditation…

Le bonheur au travail : un triptyque d'ambiguïtés

Vu comme cela, CHO ça ressemble au GO du Club Med en un peu plus cheap, la mer et la plage à cocotiers en moins. Les vieux comme moi se méfient par expérience de tout ce qui ressemble au Club Med dans les entreprises et de toute nouvelle mode managériale ; ils savent, pour l’avoir vécu dans leur travail, que ces modes ont pour vocation de disparaître aussi vite qu’elles sont apparues. Et à vrai dire, derrière l’aspect "bisounours" de cette approche du bonheur au travail, il y a quelque chose qui ressemble à une dangereuse imposture qui surfe sur trois ambiguïtés : philologique (confusion sémantique entre les mots et les concepts auxquels ils renvoient : est-ce bien du bonheur dont il est question ?), épistémologique (confusion de paradigmes : le bonheur – si c’est bien de lui dont on parle – est-il compatible avec le monde du travail, peut-il faire l’objet d’une démarche de gestion, peut-on le décréter ?) et philosophique (l’entreprise peut-elle vouloir le bonheur de ses salariés malgré eux ?).

L’ambiguïté philologique du bonheur au travail

Commençons par l’ambiguïté philologique : la formule « bonheur au travail » traduit le groupe de mots anglais de « happiness at work ». Or « happiness » veut dire « joie » puisque son antonyme est « sadness » (tristesse) et non « misfortune » qui correspond bien étymologiquement à malheur en français, lui-même antonyme de bonheur. Pourquoi parler de bonheur au travail alors que les anglo-saxons ne parlent pas de « good fortune at work » ? En effet, l’étymologie du mot français de bonheur signifie littéralement bonne fortune ou bonne chance au sens de destinée. Ainsi, la confusion entre le terme de bonheur – qui est de l’ordre du sens existentiel – et celui de joie – qui est de l’ordre des émotions – révèle un glissement sémantique qui provoque à son tour une confusion au niveau conceptuel quant aux plans d’actions qui vont en découler. Or comme le disait Camus, « mal nommer les choses ajoute au malheur du monde » ; espérons que décréter le bonheur des salariés ne va pas provoquer exactement le contraire, i.e. faire leur malheur...

L’ambiguïté épistémologique du bonheur au travail

Que faut-il entendre par « ambiguïté épistémologique ? » Les tenants du bonheur au travail s’appuient, pour les plus sérieux d’entre eux, sur les travaux scientifiques de la psychologie positive et ils ont bien raison. La psychologie positive a en effet permis de mieux comprendre les ressorts de la santé mentale en général et de la performance au travail en particulier. Ce que montre ce champ de recherches, c’est que la santé mentale positive, concept vulgarisé par le terme de bien-être, est cause de performance. Dit autrement, à la question « pourquoi les salariés atteignent une performance optimale ? » la réponse est : « parce qu’ils disposent d’une santé mentale suffisamment positive au travail ». En bref, ils sont bien dans leur poste parce qu’ils se sentent bien dans leur peau. Cerise sur le gâteau, étant bien dans leur poste cela va renforcer leur sentiment d’être bien dans leur peau. Grâce aux scientifiques, on constate un cercle vertueux lié à la santé mentale positive (qui soit dit en passant s’est vulgarisé en bien-être puis en joie et en bonheur) ; on peut comprendre que tel directeur financier ayant compris ce principe de causalité circulaire va voir dans le développement du bien-être des salariés de sa boîte l’une des opportunités d’optimiser son Ebitda. « Vite ! », se dit-il à lui-même et à ses collègues du Codir, « Recrutons un CHO, investissons dans une salle de massage et des baby-foot, cela va accroître le bien-être de nos salariés donc leur performance et par conséquent celle de l’entreprise ! ».

Cette réaction révèle une autre ambiguïté liée à une mécompréhension du concept de bien-être qui confine au réductionnisme scientiste. En effet, vouloir le bien-être de ses salariés ce n’est pas seulement leur procurer des instants de plaisir (séances langoureuses de massage) ou accroître leur satisfaction émotionnelle (tournois épiques de baby-foot). Certes, c’est une condition nécessaire mais pas suffisante. Car le concept de bien-être cache deux réalités que révèlent deux mots anglais : « wellness » et « well-being ». Se sentir bien dans sa peau ce n’est pas forcément être bien dans son être et vice versa. Les chercheurs distinguent ainsi deux composantes du bien-être : hédonique et eudémonique. Le bien-être hédonique c’est ressentir concrètement du plaisir par ses sens et de la satisfaction par sa psychè, c’est donc se sentir bien dans sa peau, soit le wellness. Le bien-être eudémonique c’est l’idéal de bien-être que l’on se donne le bonheur tel qu’on le pense pour soi et que l’on parvient à actualiser, c’est donc être bien dans son être, soit le well-being.

Les chercheurs montrent aussi qu’il existe une hiérarchie entre les deux composantes du bien-être : la seconde (eudémonique) conditionne fortement la première (hédonique) même si la seconde a besoin de la première pour se concrétiser. Enfin, les chercheurs nous mettent en garde quant à l’illusion qui consiste à croire que la première peut se passe de la seconde : la plupart des recherches montrent en effet que la quête effrénée du bien-être hédonique seul est une voie sans issue menant à la dépression et aux maladies cardiovasculaires... A bon entendeur salut : des politiques de bonheur au travail qui ne seraient que des courses au bien-être hédonique (toujours plus de massage ou de baby-foot…) sont vouées à l’échec et parviennent à l’exact contraire de l’effet attendu : une contre-performance des salariés et pire, une atteinte à leur santé mentale... Mal nommer les choses ajoute vraiment du malheur au monde…

L’ambiguïté philosophique du bonheur au travail

Concluons par l’ambiguïté philosophique. On voit bien tout le risque qu’il y a de confondre bonheur et bien-être, bien-être hédonique et bien-être eudémonique. La question « pourquoi le bonheur au travail » n’appelle pas les mêmes présupposés ni les mêmes réponses que la question « pour quoi (en 2 mots) le bonheur au travail ». La première question – celle de l’entreprise – est fondée sur une rationalité instrumentale, comme aurait dit Max Weber, elle appelle une perspective de rendement : produire au moindre coût pour une rentabilité optimale, pour une maximisation de l’efficacité et de l’efficience. La seconde – celle des salariés – est « wertational », toujours selon Max Weber, i.e. elle est fondée sur des valeurs et appelle une perspective existentielle : le bonheur selon ma vision du monde, les valeurs auxquelles j’adhère et l’idée du Souverain Bien qui m’anime moi ; pas celle de mon collègue, manager ou représentant du personnel.

Souhaiter – ou pire – décréter le bonheur à ses salariés est ainsi une démarche qui peut devenir totalitariste, dès lors qu’elle s’impose insidieusement aux collaborateurs et aliène leur libre-arbitre à décider de leur bonheur par eux-mêmes et pour eux-mêmes - bonheur qui peut ne pas passer par le travail. Car le travail ne fait pas à lui tout seul le bonheur, tout comme l’argent, même s’il peut largement y contribuer, notamment quand il procure du bien-être. Mais cela doit rester une affaire éminemment personnelle et même intime qui d’ailleurs ne se posera qu’à la fin de la vie professionnelle ou personnelle car le bonheur ne peut s’évaluer qu’au crépuscule de l’existence, dès lors que la destinée professionnelle ou personnelle a été accomplie.

Pierre-Eric SUTTER

DOSSIER DU MOIS

Les valeurs, moteur de la transition énergétique

Les élections présidentielles ont des conséquences fortes sur les politiques relatives à la transition énergétique. La résurgence du climato-scepticisme incarnée depuis bientôt un an par Donald Trump aux USA ébranle le nouvel ordre climatique mondial tel que voulu par les Accords de Paris à l’issue de la COP21. Ce climato-scepticisme s’affirme alors que des bouleversements environnementaux frappent les populations un peu partout dans le monde, y compris aux USA. Qu’est-ce qui pousse certains citoyens à voter pour des programmes politiques prônant le climato-scepticisme ? Qu’est-ce qui en pousse d’autres a contrario à s’investir par leurs gestes quotidiens sur la problématique de la transition énergétique ?

Climato-sceptiques vs. créatifs culturels

Répondre à ces questions c’est comprendre la motivation des catégories de citoyens ; comprendre leur motivation c’est comprendre les ressorts qui les font agir ; comprendre les ressorts qui les font agir c’est, pour les promoteurs de la transition énergétique – personnel politique, institutions, ou acteurs de la société civile – identifier les leviers d’action les plus à même de traiter les enjeux pour l’environnement, avec les citoyens et non malgré eux, au plus près des territoires.

L’angle d’attaque de l’analyse proposée ci-après est celui des valeurs sociales, plus particulièrement celles des “créatifs culturels“, catégorie socioculturelle découverte dès 1999 par une étude psychosociologique américaine d’envergure, catégorie inscrite dans un nouveau courant de pensée, le transmodernisme. Les créatifs culturels sont intéressants à considérer car ce sont des citoyens plus moteurs que d’autres dans la mise en œuvre de la transition énergétique, de par les valeurs dont ils sont porteurs.

Pourquoi utiliser l’angle d’attaque des valeurs sociales ? Parce que comme le disait Kant, une valeur est un impératif catégorique qui détermine une éthique personnelle ou une morale sociale guidant nos attitudes et agissements, notamment l’utilisation de tel ou tel bulletin de vote. Voici quatre exemples d’impératifs catégoriques : « Il ne faut pas voler, il faut aider les autres, il faut maximiser les profits, il faut protéger l’environnement ».

Comme l’ont montré les psychosociologues après Kant, les valeurs sociales fédèrent les groupes humains selon des croyances et une vision du monde spécifiques ; nous sommes prêts à nous battre voire à mourir pour nos valeurs, quitte à nous opposer à d’autres groupes fédérés autour d’autres valeurs :  on passe ainsi du conflit de valeurs au conflit tout court ; les mouvements zadistes qui militent pour l’environnement et contre la mondialisation libérale l’illustrent à leur manière.

Comprendre le logiciel qui structure le panier de valeurs d’un groupe social, qu’il soit celui d’activistes, de salariés ou de citoyens, c’est comprendre comment ils vont agir et réagir ; c’est prévenir les éventuels conflits et blocages ; c’est faciliter la mise en œuvre de politiques de transition énergétique au niveau d’une commune, d’une entreprise ou d’une nation en associant les acteurs.

Les fondements du transmodernisme

Le transmodernisme, à l’instar des créatifs culturels, est un courant de pensée qui émerge depuis peu, vers la fin du 20° siècle bien, que les idées qui l’étayent soient plus anciennes. Le panier de valeurs des transmodernistes est en effet alimenté par deux autres paniers de valeurs : celui des modernistes d’une part et celui des post-modernistes d’autre part. Voyons la vision du monde et les croyances qui fondent les paniers de valeurs de ces deux courants avant d’aborder celui des transmodernistes.

Les modernistes sont les héritiers directs des penseurs du siècle des Lumières. Ces penseurs ont changé les paradigmes qui régissaient jusque-là les rapports de l’homme et son environnement. En effet depuis la Grèce antique, l’homme devait s’harmoniser avec le cosmos qui l’entourait. Il subissait les aléas naturels sans toujours les comprendre, donnant prise aux superstitions.

Au 18° siècle, les paradigmes des conditions de la connaissance sont renversés : l’homme est placé au centre, non plus la nature. En posant les fondements d’une épistémologie causale, les savants des Lumières décortiquent les phénomènes naturels et jettent ainsi les bases de la science moderne. L’homme peut agir sur la nature et ne plus la subir. L’idée du progrès continu est instaurée : l’homme peut puiser sans vergogne dans les ressources de la planète… jusqu’à ce que la crise pétrolière des années 1970 et la fin des Trente Glorieuses enrayent cette dynamique.

Les post-modernistes quant à eux dénoncent les excès du progrès en s’y opposant, parfois très tôt comme le philosophe Thorau au début du 19° siècle. Ce courant connaît son apogée durant mai-68. C’est à cette époque que l’écologie politique s’impose, appelant à une profonde transformation du modèle économique et social ainsi qu'à une remise à plat des relations entre l'homme et son environnement. Mais dans sa dénonciation des excès du progrès, le post-modernisme devient à son tour excessif quand certains de ses penseurs les plus radicaux rejettent l’idée même de progrès, allant jusqu’à avancer l’idée d’éradiquer l’humanité pour préserver la planète…

Ainsi, le transmodernisme est un courant d’idées qui fait du neuf avec de l’ancien. Il puise simultanément dans les courants du modernisme et du post-modernisme, de fait il ne s’oppose ni à l’un ni à l’autre. Comme nous allons le voir plus bas, le transmodernisme est une mouvance composite associant des valeurs en apparence contradictoires auxquels s’apparentent les créatifs culturels. Voyons d’abord quelles sont les caractéristiques des créatifs culturels et l’étude qui les a révélés.

Les créatifs culturels, des transmodernistes qui s’ignorent…

Les créatifs culturels (appelés également créateurs de culture) constituent un groupe socioculturel qui émerge à la toute fin du 20° siècle. Ils sont appelés ainsi par les chercheurs qui les ont révélés car ils seraient en train d’inventer une nouvelle culture pour le 21° siècle, à la pointe du changement social et environnemental. Les créatifs culturels ont été découverts par deux chercheurs américains, le sociologue Paul RAY et la psychologue Sherry ANDERSON, au travers d’une enquête réalisée auprès de 100.000 personnes durant une quinzaine d’années, d’abord aux USA puis en Europe et au Japon. Les créatifs-culturels constituent aujourd’hui environ 35% des populations occidentales alors qu’ils n’étaient que 4% en 1999.

Une des caractéristiques surprenantes des créatifs culturels c’est qu’ils s’ignorent comme tels et qu’ils ne s’estiment pas représentés politiquement. En effet, les modernistes puisent dans le réservoir de valeurs des conservateurs, ils sont représentés par les partis de droite tandis que les post-modernistes puisent dans le réservoir des valeurs progressistes et sont représentés par les Démocrates aux USA et les partis de la gauche socio-démocrate en Europe.

Face au bipartisme qui rythme la vie politique en Occident, les transmodernistes ne trouvent pas – ou peu – de plateforme politique correspondant à leurs attentes axiologiques. En effet, du fait qu’ils puisent dans les deux réservoirs de valeurs moderniste et post-moderniste, ils ne s’identifient ni aux partis modernistes ni aux partis post-modernistes. Illustrons cette problématique par un exemple : les transmodernistes sont férus de développement durable ce qui est une posture progressiste sans pour autant renier le progrès technologique, ce qui est une posture conservatrice. Ils sont ainsi à la fois modernistes ET post-modernistes, mais très peu de partis politiques traditionnels se risquent encore à établir cette synthèse, bien que des signaux faibles tout à fait récents montrent que les choses changent dans le paysage politique européen, comme nous allons le voir infra. Avant d’aborder ce point, considérons plus en détail le système de valeurs qui caractérise les créatifs culturels.

Axiologie des créatifs culturels

L’architecture du panier de valeurs des créatifs culturels s’organise autour de 4 pôles :
  • 1° pôle : Le respect de la nature et l’intégration des valeurs écologiques ainsi que du développement durable, pour un progrès plus responsable ;
  • 2° pôle : La solidarité et l’ouverture aux valeurs de l’“Autre“ plutôt qu’à celles du “Même“ (valorisation des valeurs féminines et minoritaires, mais aussi des cultures traditionnelles que l’on retrouve dans la promotion du commerce équitable).
  • 3° pôle : Une forte implication sociétale combinée à une méfiance importante envers les experts du “système“ : les hommes politiques, les journalistes, les patrons des big corp., les mandarins de la médecine officielle…
  • 4° pôle : Une appétence pour le développement personnel et spirituel visant à donner du sens à leur vie et ainsi à se départir des valeurs consuméristes, dogmatiques ou intégristes.

Le retour de la morale, mais laquelle ?

Certains philosophes comme Comte-Sponville se sont demandés si le capitalisme pouvait être moral. Ils répondent qu’il est amoral dans le sens où pour eux, la morale est intrinsèquement étrangère à l’ordre économique. Cette approche révèle une forme de nihilisme axiologique, et comme la nature a horreur du vide, cela pourrait expliquer pourquoi l’ère de disruption dans laquelle nous sommes entrés semble hésiter entre deux voies : la tentation réactionnaire d’un retour aux bonnes vieilles morales, qu’elle soit conservatrice ou progressiste d’une part, d’autre part des tentatives éthiques composites, concrètes et novatrices, susceptibles de provoquer un bouleversement sociétal.

La tentation du retour à la morale moderniste consiste à subsumer le libéralisme pour revenir vers un capitaliste premier, débarrassé du contrat social, insouciant quant à l’environnement, tandis que la tentation du retour à la morale post-moderniste se concentre sur une opposition frontale au capitalisme, alliée à une exacerbation écologiste qui frise parfois au totalitarisme (cf. les oukases non concertés de la Ville de Paris en matière de circulation automobile qui rejaillissent sur les communes environnantes). Le citoyen transmoderniste se conforme quant à lui à un ethos, i.e. un mode d’être en harmonie avec le monde qui l’entoure et ses valeurs environnementales qu’il actualise concrètement dans des gestes quotidiens jusque-là inédits, qui prouvent son investissement : achat de produits bio dans un AMAP, tri sélectif, acquisition d’un véhicule hybride, transformation du logement aux normes HQE...

L’émergence du transmodernisme marque-t-il un retour à la morale, mais une “morale éthique“, i.e. une morale collective fondée sur l’ethos individuel des créatifs culturels, pouvant avoir un impact sur le capitalisme et son amoralité – sans parler de l’écologisme moraliste ? Certains signaux forts en attestent : quel constructeur automobile pourrait se targuer de bafouer les valeurs environnementales de ses clients ? Les entreprises capitalistes n’ont peut-être pas de morale mais leurs clients ont une éthique qui peut peser sur leurs ventes ; il en est de même pour les citoyens et le résultat des élections.

Négliger l’électorat transmoderniste, c’est se couper d’un tiers des citoyens !

On ne peut plus estimer le transmodernisme comme quantité négligeable. En effet, quand les créatifs culturels n’étaient que 4% à la fin du 20° siècle, ils ne pesaient pas beaucoup ; maintenant qu’ils sont 35% ils ont le pouvoir d’attirer, politiquement parlant, les indécis du modernisme ou les déçus du post-modernisme. Avec l’affirmation de la tendance transmoderniste, le 21° siècle pourrait favoriser en Occident une multipolarité axiologique qui laisse augurer une sortie du bipartisme binaire, l’élection de Van der Bellen en Autriche et celle de Macron en France en sont sans doute les premiers signes.

En tant que leader d’opinion, les créatifs culturels entrainent de nouvelles formes de « metanoïa », au sens où l’entendaient Pierre Hadot et Michel Foucault, i.e. des états modifiés et durables de conscience quant aux problématiques environnementales. Cette métanoïa entraine d’une part plus d’authenticité et de sens existentiel pour les citoyens et d’autre part des agissements durables pour la société et l’environnement, montrant par-là que la transition énergétique est en marche, lentement mais surement, au niveau le plus discret mais le plus important, celui de chaque citoyen, dans les micro-gestes du quotidien, pour un tiers d’entre eux : les petits ruisseaux ne font-ils pas les grandes rivières ? Même si cette marche silencieuse ne fait pas les gros titres des JT – qui préfèrent parler des catastrophes écologiques, bien plus tape-à-l’œil –, les politiques qui n’intégreraient pas cette dimension dans leur programme pourraient en pâtir à l’avenir lors des prochaines élections.

Le numérique et la culture du “DIY“ (do it yourself) favorisent une réappropriation grandissante par les citoyens des moyens de production et un retour à “l’autarcie“ chère à Aristote. Cela revalorise une économie plus fondée sur l’artisanat que sur le seul capitalisme. Le documentaire “Demain“ – et bien d’autres – montrent que cette autarcie citoyenne peut être alimentaire, énergétique, économique, politique et même monétaire… C’est un signe d’espoir pour notre planète et pour l’humanité !...

Pierre-Eric SUTTER

 

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Article scientifique     Mesurer le risque social en entreprise. Le modèle de la réluctance socio-organisationnelle

Article scientifique     L’emploi atypique n’est pas forcément synonyme de mal-être accru au travail. L’exemple du type de contrat de travail en France – Par S. Baggio et P-E. Sutter

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