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BILLET DU MOIS

Télétravail : c’est bon pour la santé !

En ces temps de promesses électorales où l'innovation sociale s'oppose à la rigueur budgétaire dans les programmes des candidats à la présidence française, il est une mesure qui pourrait non seulement satisfaire nombre d'électeurs mais aussi conjuguer les extrêmes programmatiques. Comme le montre une enquête commanditée par Randstad en 2016 sur le sujet, 2 français sur 3 rêvent de se mettre au télétravail. Quoi de mieux en effet que de créer une rupture hebdomadaire pour briser la routine abrutissante du "métro-boulot-dodo" ?

Diminuer le stress des transports

Quand on sait que les français passent 66 minutes en moyen par jour dans les transports pour aller travailler (score à 90 minutes en moyenne pour les franciliens dont il est inutile de rappeler à quel point l'augmentation du trafic routier comme ferré et sa congestion régulière sont sources de stress chronique), on prend la mesure des bénéfices multiples d'une mesure consistant à octroyer une voire deux journées de télétravail aux salariés, même s’il existe des contraintes.

Encore des réticences

Certains - mais ils se font de plus rares - sont tentés de pousser des cris d'orfraie. Ils affirment haut et fort que ce type d'aménagement du temps et du lieu de travail est incompatible avec une gestion rationnelle des RH, arguant que c'est la porte ouverte au désordre voire au laxisme. Ils pensent enfoncer le clou en affirmant que c'est une incitation coûteuse voire honteuse à tirer au flanc qui ne peut que menacer la compétitivité des entreprises.

Des accords à la pelle

Il n'en est rien comme nous allons le voir, la multiplication des accords sur le sujet en atteste : 96% des entreprises du CAC40 ont déjà signé un accord de télétravail ; même les partenaires sociaux de branches et le ministère du travail s’y mettent puisqu’ils ont entamé des discussions pour ouvrir des négociations sur le sujet pour le mois de mai 2017. Ceux qui sont les plus réticents, on pourra les comprendre, sont les managers de proximité, par crainte de perdre le contrôle sur leur troupe sans doute, mais aussi et surtout par difficulté de gestion des “absences“ et temps de présence, véritable casse-tête dans certains cas. Bien qu’il ne faille pas négliger ces vicissitudes, le gain est largement supérieur, voyons en quoi.

Télétravailler rime avec rentabilité !

Les entreprises peuvent à peu de frais toucher le retour sur investissement du télétravail et ce, dans les trois domaines de la performance globale. Performance économique d'abord : on sait depuis longtemps (proportionnellement à la durée d'existence des technologies du numérique) que le télétravail augmente la productivité des salariés de 20% environ, soit tout de même l'équivalent d'une journée par semaine pour le même salaire ! Cela devrait laisser songeur plus d'un directeur financier...

Augmenter la performance environnementale

Performance environnementale ensuite : l'impact sur l'environnement peut être un gigantesque gisement d’économie de TEP, de CO² ou plus prosaïquement d'arbres, comme nous l'avions montré sur ce blog avec l’exemple d'Enedis dans le dossier du mois de janvier 2017. Le constructeur automobile Renault (dont la classe de produits est la cause d’une des pollutions la plus forte de la planète) l'a calculé : “180 000 heures de transports sont économisées chaque année, et 1 855 tonnes de CO²“, comme le rapporte le journal Le Monde dans son édition du 1° avril 2017..

Accroître la performance sociale

Performance sociale enfin : la qualité de vie au travail (QVT) des travailleurs s'en trouve grandement améliorée, et c'est là de notre point de vue l'effet de levier le plus important, dans deux directions au moins. Premièrement, en diminuant les facteurs de risque à la santé, proportionnellement à la pression suscitée par les déplacements professionnels, qui représentent dans certains cas une usure psychique voire une atteinte réelle à la santé mentale ou à la santé tout court ; il a été largement démontré par les scientifiques que le stress chronique (comme celui généré par des déplacements domicile-travail de piètre qualité) a un impact délétère sur le système cardiovasculaire. Sachant qu'au triste palmarès des maladies, les troubles cardiovasculaires représentent la deuxième cause de mortalité en France, on mesure l'opportunité que représentent le télétravail comme diminution du stress et de la mortalité des français.

Un facteur de protection

Deuxièmement, quand il est choisi et bien vécu (car cela ne s’improvise pas), le télétravail représente ce que les psychologues appellent un facteur de protection ; il contribue non seulement à développer le capital bien-être mais aussi il offre à l'organisme des ressources internes supplémentaires favorisant une meilleure résistance contre les sources de stress : c'est le concept même de "santé mentale positive" (voir encart sur l'ouvrage "Promouvoir la santé mentale positive au travail"). Quand on interroge les heureux télétravailleurs, on ne peut que se réjouir des bénéfices que leur procure le numérique - sans pour autant occulter les risques qu'il peut présenter, mais qui restent à la marge si on les gère avec conscience et intelligence - ainsi qu'à leur employeur (pour en savoir plus, voir les témoignages dans le dossier du mois et pour vous exprimer sur ce sujet, participez à l’enquête de l’Observatoire sur la vie au travail relative à l’impact du numérique sur la QVT).

Le télétravail, un programme présidentiel ?

En permettant le télétravail, le numérique offre de mettre en œuvre, avec des moyens au final peu coûteux et à fort ROI, nombre de politiques sociétales, conjuguant nombre de contradictions au lieu de les opposer. Non, il n'est pas contradictoire d'être plus productif en travaillant de chez soi et en allant chercher le sourire aux lèvres ses enfants à 16h30 en vélo avant de terminer un rapport jusqu'à 20h00 en terminant la popote du soir.  Non il n'est pas contradictoire de travailler plus de chez soi en gagnant autant mais en accroissant sa QVT tout en diminuant l'impact sur l'environnement, en prenant moins sa voiture. Car il y a des choses qui valent plus que tout l'argent du monde et qui ne s'achètent pas au supermarché : l'apaisement d'avoir aligné ses valeurs avec ses actes, aussi simples soient-ils ; le sentiment, comme la fameuse histoire du colibri qu'aime raconter Pierre Rhabi, d'avoir fait sa part pour la planète, aussi minime soit-elle, en ayant la conscience tranquille d'avoir bien fait son travail, sans avoir sacrifié ni sa santé ni sa famille.

Pierre-Eric SUTTER

DOSSIER DU MOIS

Numérique et QVT : état des lieux (OVAT 2017)

Comme affirmé dans le billet du mois, le télétravail c'est bon pour la santé, certes, mais quand ça marche, et sous certaines conditions. Il doit être choisi et réversible, ne pas s'immiscer excessivement dans la vie familiale, ni isoler les travailleurs de leurs collègues et managers. Bref, il doit se préparer et s'accompagner. Comme l’indique Cécile de Guillebon, directrice des services généraux chez Renault (Le Monde 01/04/2017), “il y a des personnes qui “fantasment” le télétravail, il faut des gens très structurés, capables de se mettre au travail quand ils sont seuls chez eux, et il faut un environnement adéquat“.

Télétravailler oui, mais sans se précipiter !

Quand bien même la plupart des exemples de télétravail qui ont été médiatisés sont positifs, il peut y avoir de la “casse“. “Le télétravail, ce n’est pas pour tout le monde, précise Cécilia Durieu du cabinet spécialisé Greenworking au Monde. Il nécessite une bonne capacité d’autorégulation puisqu’il n’y a ni surveillance visuelle du manageur ni émulation avec les collègues“.

C’est pourquoi, la plupart des entreprises qui ont signé un accord de télétravail sensibilisent leurs salariés - qui s’emballeraient un peu vite pour cette formule d’organisation du travail - sur autant de précautions qui sont nombre de facteurs de réussite. Le logement doit pouvoir accueillir le télétravailleur sans bousculer la vie familiale ni gêner la vie professionnelle : bureau à part, débit internet suffisant, ergonomie aux normes pour le mobilier de bureau. Le salarié doit être suffisamment autonome pour s’organiser et en capacité de supporter l’isolement.

Le télétravail, bénéfique ou maléfique ?..

L'exemple du télétravail illustre à quel point le numérique engendre nombre de disruptions dans notre quotidien en reconfigurant les habitudes et façons de faire, particulièrement en bouleversant la chaîne de création de valeur des employeurs et la qualité de vie au travail des employés, pour le meilleur comme pour le pire.

Car ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : le télétravail ou le numérique sont comme toute chose, il peuvent être bénéfique comme maléfique, tout dépend de la manière dont on les perçoit et dont on s'en sert. De plus, le bouleversement culturel qu’ils provoquent parfois, comme montré par l’exemple qui suit, laisse supposer qu’il vaut mieux y aller progressivement ; le télétravail ne se décrète pas, il ne fonctionne pas pour tout le monde de la même manière et du premier coup. Écoutons Pierre-E. témoigner.

Le numérique bouleverse les métiers et les façons de faire

"En 1996, le numérique n'en était qu'à ses balbutiements mais j'ai tout de suite pressenti l'énorme avantage qu'il représentait dans mon métier de recruteur. Dématérialisation des CV, rapidité des échanges, rapprochement des personnes.

Mais aussi, j'en ai expérimenté les inconvénients : accroissement exponentiel des données, goulot d'étranglement des flux, difficultés pour se déconnecter. Ces difficultés m'ont poussé à créer en 1999 ma première entreprise, une start-up dans le domaine du e-recrutement, justement pour m'appuyer sur les potentialités du numérique afin de remédier à ses inconvénients.

Peser la part de l'économique et du social

Quittant le salariat, je me suis retrouvé à travailler seul de chez moi, mon associé étant basé à Montréal. A cette époque, le télétravail n'était pas aussi valorisé et donc valorisant. J'avais honte d'en parler à mes clients, essayant de leur cacher, tant bien que mal. Pourtant j'en percevais bien les bénéfices économiques : pas de loyer commercial à payer, pas de déplacement pour aller travailler, possibilité de travailler en horaire décalé.

Mais l'isolement et la solitude ont été les plus forts, malgré les échanges quasi quotidiens avec mon associé : le lien social avec mes anciens collègues me manquait terriblement, j'en ai fait une telle dépression qu'au bout de 3 ans je suis retourné chez mon ex-employeur. Lorsque que j’ai recréé ma deuxième entreprise en 2007, j’ai veillé à ce que mes salariés et moi-même puissent bénéficier d’un mix “bureau/home-office“ qui permette à chacun de trouver son rythme".

L'ambivalence du numérique

Ces exemples montrent toute l'ambivalence du numérique. Même s'il bouleverse le monde du travail jusqu'à supprimer des pans entiers d'activité, il génère de nouveaux gisement d'emplois ; même s'il peut favoriser une meilleure qualité de vie au travail, il aliène ceux qui ne parviennent plus à se déconnecter. D'accord, le numérique n'est ni tout bon, ni tout mauvais. Mais où se positionne le curseur entre ces deux extrêmes ? Quelle "photo" peut-on en faire en France, une vingtaine d'années après son apparition ?

C'est justement la question à laquelle l'édition 2017 de l'Observatoire de la vie au travail cherche à répondre. Plus précisément, cette étude nationale du vécu au travail cherchera à comprendre les axes suivants. En quoi le numérique influe-t-il positivement et négativement sur la qualité de vie au travail dès travailleurs français ? Quels facteurs de risque et quels facteurs de protection ? Quel bilan au global ?

Quels facteurs de risque/de protection ?

Le lecteur l'aura compris : il ne s'agit pas de savoir si le numérique est une technologie négative ou positive mais de connaître en quoi certains de ses aspects et usages sont des facteurs de protection d'une part, de risque d'autre part. Dans la droite ligne de ce qui est montré dans l'ouvrage "Promouvoir la santé mentale positive au travail", le numérique peut contribuer à améliorer la QVT (comme l'illustrent les aspects positifs du télétravail) et donc accroître le capital bien-être des salariés.

Mais d'autres aspects comme la difficulté à se déconnecter, la diversification des tâches ou la disparition de certaines activités peuvent venir accroître leur mal-être. Ce qui représente un progrès pour l'un peut être une régression voire une menace pour l'autre. Il convient donc de dépasser les points de vue et vécus locaux pour prendre de la hauteur et porter au niveau global le regard sur le phénomène sans nier les différences locales.

Objectiver l'impact du numérique sur la qualité de vie au travail

Ces différences de vécus et ces tendances globales, aussi variés soient-elles, doivent être observées avec précaution si l'on veut en rendre compte avec objectivité. L'Observatoire de la vie au travail, conçus par des chercheurs et des praticiens en sciences humaines, étudient depuis 2009 le vécu au travail des français avec des indicateurs construits et validés scientifiquement qui pour certains d'entre eux ont fait l'objet d'articles dans des revues à comité de lecture scientifique.

Ainsi, l'édition de 2017 se focalisera sur trois grandes dimensions : les stresseurs organisationnels et sociaux (i.e. les sources de stress issues de l'environnement professionnel), le bien-être au travail et un questionnaire ad hoc sur l'impact du numérique au travail. La mise en relation des résultats de ces trois dimensions et divers tests statistiques permettront de connaître les éventuels liens de causalité entre numérique et bien-être ou stress. Conduite de la mi-avril à fin juin, l'enquête produira un échantillon mixte de questionnaires en face à face et via internet, sur tout le territoire national. Les résultats seront livrés à la mi-septembre.

Vous souhaitez témoigner sur l'impact du numérique dans votre vécu professionnel ? Passez l'enquête de l'Observatoire de la vie au travail, édition 2017, en cliquant ici !

Pierre-Eric SUTTER

 

LES EVENEMENTS

Evènements     Participez à l’enquête « QVT et numérique » (OVAT 2017) !

Evènements     Conférence « Promouvoir la santé mentale positive au travail grâce à St-Exupéry »

Evènements     Formation « Prévenir le burn-out au travail »

Evènements     Inscription débat du 10/05/2016 à 17h30 – Regards croisés sur la prévention du burn-out : aspects juridiques et psychiques (entrée libre)

Evènements     Inscription conférence « Travailler sans s’épuiser » du 22/06/2016 à 19h00 (entrée libre)

Evènements     Conférences

Evènements     Les débats de la performance sociale

Evènements     Pré-inscription à un évènement

PUBLICATIONS

Article gris Articles gris     « L’opinion d’entreprise » ou la Fabrique du consensus mou. Stéphanie BAGGIO – Pierre-Eric SUTTER – 12/12/2012

Article gris     La performance, autrement : créer de la valeur (économique) par les valeurs (sociales) – Par Pierre-Eric Sutter

Article scientifique     Mesurer le risque social en entreprise. Le modèle de la réluctance socio-organisationnelle

Article scientifique     L’emploi atypique n’est pas forcément synonyme de mal-être accru au travail. L’exemple du type de contrat de travail en France – Par S. Baggio et P-E. Sutter

Livre blanc     Livre blanc sur la performance sociale au travail